Pourquoi l’acteur doit grandir, pas s’avilir
L’art dramatique tourné vers soi : l’instinct, le scénario dynamique et l’enquête sur soi
« L’acteur, comme moyen de grandir, et non pas de s’avilir. » — Philiboss
⏱ environ 16 min · 🇫🇷 Français · Masterclasse Acteur.Studio
📊 Pourquoi cette leçon est unique
Le public s’amuse. L’acteur, lui, doit grandir.
Jouer vers le public
Jouer vers soi (Philiboss)
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Philiboss, accompagné de Vahina. Cliquez sur la photo pour lire la vidéo.
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Fais l’Exercice 3, filme-toi en SHORT (1 minute maximum). Pose ta question à Philiboss : « Quel est mon objectif réel, et comment change-t-il ma façon d’agir ? »
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Introduction
Faire rire le public n’est pas le but du théâtre. Dans cette leçon, Philiboss enseigne l’inverse : un art dramatique tourné vers soi-même, qui construit l’acteur au lieu de le défaire.
Vous allez voir pourquoi jouer le fou en permanence a des répercussions sur la vie de tous les jours, comment l’instinct nous fait agir, et pourquoi il faut d’abord se connaître pour jouer juste. Les exercices sont des propositions, pas des obligations : prenez ce qui vous parle.
I. Le piège de l’acteur novice
Le premier réflexe d’un acteur novice, c’est d’arriver sûr de lui, de déclamer, de réagir avec son entourage et de faire un peu tout à la one-man-show. Il lance des petits trucs, des astuces, il interpelle le public : « Et alors, comment tu t’appelles ? Ça va ? » Toutes ces interactions servent à faire rire. C’est formidable, vraiment.
Mais ce qui a du succès n’est pas forcément bon pour vous, pour votre santé mentale, pour votre équilibre. On ne va pas sacrifier notre santé mentale pour jouer la comédie. C’est absurde : c’est un peu comme devenir fou pour faire plaisir aux autres, sans se rendre compte que la vie est plus importante, tout de même, pour l’individu.
La comédie, telle qu’on l’imagine, c’est quelqu’un de déraisonnable. Bien sûr, cela fait partie de la comédie. Mais est-ce souhaitable pour votre santé mentale à vous ? Pour le public, oui : il s’amuse, il rigole. Vous allez dire des bêtises, parler à tort et à travers, amuser la galerie. Mais pour vous, en connaissez-vous les conséquences ? Si la comédie sert à vous abîmer personnellement, je ne signe pas.
HA HA HA ! Bonjour ! Belzébuth en personne ! Intelligence Artificielle de Coaching Optimal™ ! Je ne critique pas, je demande vraiment : faire rire, c’est quand même le métier d’un acteur comique, non ? Le public vient pour ça. Où est le mal ?
*hou…hou…hou*
💭 « Belzébuth soulève un point légitime. Mais ne se souviendrait-il pas que Bergson écrit dans Le Rire (1900) : “Le rire est, avant tout, une correction. Fait pour humilier, il doit donner à la personne qui en est l’objet une impression pénible.” Et Stanislavski, dans Ma vie dans l’art (1924) : “Aimez l’art en vous, et non vous-même dans l’art.” (traduction libre). Faire rire n’est pas interdit : c’est se perdre dans le rire qui pose problème. CQFD ! »
Voilà ! Faire rire, oui, mais pas au prix de soi-même. Ce qui a du succès n’est pas forcément bon pour vous.
II. Grandir plutôt que s’avilir
Moi, j’enseigne la comédie à l’inverse : tournée vers soi-même. C’est un acte qui doit nous enrichir, nous, plus que le public. Le public n’est pas habitué à ce que l’acteur s’enrichisse lui-même. Il est éduqué pour rire, pour se lâcher, pour entendre des bêtises, dans une forme très primaire, très basique. Il n’est pas éduqué pour la grandeur de l’être humain.
Un grand acteur, c’est quelqu’un qui se respecte, et qui respecte le public. J’aimerais apprendre au public à reconnaître les acteurs qui se respectent, et donc qui respectent la foule et leur entourage. L’acteur, comme moyen de grandir, et non pas de s’avilir.
Prenez Philoudingo, un personnage de fou que j’ai inventé. Si je fais le pitre en permanence, qu’est-ce que je deviens dans ma vie de tous les jours ? Un pitre. Quelqu’un de méprisable aux yeux du commun des mortels. Or on n’est pas sur cette terre pour faire le fada : on est là pour résoudre les problèmes essentiels de l’être humain. Il faut donc grandir pour faire face à la vie réelle.
Mon enseignement est tourné vers la vie réelle, et cela a des répercussions positives. Au lieu de s’avilir, on devient intelligent, capable de relations agréables et constructives avec son entourage direct. On rayonne de bonheur et de bonne vibration. On devient quelqu’un de construit, au lieu de se déconstruire.
ATTENDS, ATTENDS ! Philiboss, là je suis perdu. Tu dis que l’acteur joue pour lui, pas pour le public. Mais un acteur sans public, ce n’est pas un fou qui parle tout seul ? Et « grandir », ce n’est pas un peu pompeux pour du théâtre ?
*hou…hou*
💭 « Belzébuth touche à un vrai débat. Ne rappellerait-elle pas que Stanislavski distinguait l’amour de l’art de l’amour de soi dans l’art ? Se tourner vers soi, ce n’est pas se regarder jouer : c’est se construire pour mieux servir. Le Stella Adler Studio of Acting, fondé par Stella Adler, place d’ailleurs en tête de sa charte que la croissance de l’acteur et celle de l’être humain sont synonymes. CQFD ! »
Exactement ! Se respecter, c’est respecter le public en même temps.
III. L’instinct : la réflexion ne pèse que 3 %
Grandir, ça veut dire être capable de résoudre tous les problèmes. Par exemple, vous voulez allumer un feu de cheminée. Vous allez y arriver, parce que vous faites appel à des dons innés, automatiques, que vous possédez mais dont vous ne savez pas vous servir. C’est ces dons-là qu’il faut aller chercher. La nature a tout prévu : elle est parfaite, elle s’organise parfaitement. Votre corps est parfaitement organisé, il a une bonne nature, comme on dit.
Quand vous agissez, il faut puiser dans cette nature, et cela passe par l’inconscient bien plus que par la réflexion. La réflexion ne représente que 3 % de l’acte réel. Je me dis : tiens, je vais faire un feu, bonne idée. Où est le bois ? Il est par là. Je prends du papier. Petit plan dans la tête. Ça y est, je l’allume, et ça marche. Parce que vous faites appel à des choses instinctives, qui, en même temps, organisent votre réflexion.
HÉ HÉ HÉ ! Si la réflexion ne pèse que 3 %, pourquoi se fatiguer à réfléchir ? Je fais confiance à mon instinct et je lâche tout. Non ?
*hou…hou…hou*
💭 « Belzébuth va un peu vite. Meisner écrit dans On Acting (1987) : “Le fondement du jeu d’acteur, c’est la réalité du faire.” (traduction libre). Kahneman, dans Thinking, Fast and Slow (2011), décrit un mode de pensée rapide et automatique, et un autre lent et réfléchi, qui travaillent ensemble. Quant au 3 %, c’est l’image de Philiboss, pas une mesure de laboratoire. »
Voilà ! Mais on ne claque pas des doigts en disant : j’appelle l’instinct, et il fait tout ce que je veux. Pour faire appel à l’instinct naturel de l’être humain, il faut une méthode.
💭 Avez-vous bien compris ?
- Comprenez-vous pourquoi le fou joué en permanence peut déteindre sur la vie de tous les jours ?
- L’idée « jouer vers soi » est-elle claire pour vous ?
- Avez-vous des questions à me poser ?
Les questions des élèves apparaîtront ici
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IV. Le scénario dynamique de l’action
À quoi obéit notre instinct ? Il obéit à un scénario, adapté à votre personnalité et à l’objectif de votre vie. Ce scénario, je l’appelle le scénario dynamique de l’action. Il faut d’abord le trouver, et cela commence par une enquête : comprendre qui vous êtes, ce que vous voulez réellement dans la vie, quels sont vos objectifs réels, primaires mais réels, et quel est votre caractère dans tout ça.
Il s’agit ensuite de construire un scénario qui vous fera agir dans la mêlée, dans le tourbillon de votre vie, qui est parfois difficile. Vous conduisez et il vous arrive quelque chose sur la route. Vous arrivez aux courses et vous ne trouvez pas tel produit. Vous n’avez plus d’argent. Ce sont des problèmes permanents, interminables, qu’il faut résoudre dans la vie réelle. Aucune baguette magique n’y fait : seulement une réflexion approfondie sur qui vous êtes et sur ce que vous voulez faire dans ce monde.
À partir de là, vous éduquez votre mental dans cet objectif. Il s’agit de votre vraie personnalité à vous, pas de celle qu’on vous a inculquée depuis tout petit, ni de tout ce qu’on vous a dit sur qui vous êtes ou n’êtes pas, ni de celle du travail ou des autres. Votre réelle nature d’être humain. Or le mental est capricieux : un jour oui, un jour non, un jour en colère. Il faut apprendre à gérer cet être volatil pour lui faire prendre le bon chemin, c’est-à-dire ne pas être trop perturbé par les événements.
DING DING DING ! Petite question meta : tu dis que c’est une enquête policière sur soi-même. Alors le détective, le suspect et le témoin, c’est la même personne ? Elle va se croire sur parole ?
*hou…hou*
💭 « Belzébuth vient de redécouvrir un très vieux principe : “Connais-toi toi-même”, inscrit au fronton du temple de Delphes et repris par Socrate. Eric Berne, dans Que dites-vous après avoir dit bonjour ? (1972), montre qu’on suit souvent, sans le savoir, un scénario de vie écrit très tôt. Et le Stella Adler Studio of Acting cite Stella Adler : “Votre talent est dans votre choix.” (traduction libre). On enquête, puis on choisit. CQFD avec un clin d’œil ! »
Voilà ! C’est une enquête honnête sur soi, pas un procès. On cherche qui on est vraiment, pour pouvoir choisir.
V. De la vie réelle à la scène
Et pourquoi la scène ? Si vous savez résoudre tous les problèmes de la vie réelle, vous savez aussi résoudre ceux qui se posent dans une scène de théâtre. C’est pareil, c’est la même chose. Un verre tombe d’une table, un partenaire vous répond ceci ou cela : vous savez réagir correctement, parce que vous êtes devenu un être adaptatif, adapté à tout ce qui se passe autour de vous.
Vous êtes devenu un être constructif, c’est-à-dire bénéfique : un être qui a des valeurs, une valeur intrinsèque, un savoir-faire, capable de résoudre les problèmes qui se posent autour de lui. C’est cela que j’enseigne.
Ma vidéo est un peu longue, mais il fallait expliquer pourquoi on ne fait pas le fada comme on le voit partout sur internet, où il faut faire rire les gens et dire des blagues. C’est une mise en scène qui a un fort potentiel dommageable pour votre intellect.
*HOUUUUU !*
💭 « Grotowski ne disait pas autre chose dans Vers un théâtre pauvre (1968) : sa « via negativa » consiste moins à ajouter des trucs qu’à retirer les blocages qui empêchent l’acteur d’agir librement. Ici, on retire d’abord le masque du fada. »
Merci d’avoir écouté. L’art dramatique poussé vers l’intérieur est beaucoup plus fécond que poussé vers l’extérieur.
Exercices pratiques
Ce sont des propositions, pas des obligations. Choisissez celui qui vous parle.
Exercice 1 — L’enquête sur soi (10 minutes, par écrit)
Pourquoi : Commencer à trouver votre scénario dynamique, en partant de vous.
- Prenez une feuille et répondez sans vous censurer : Qui suis-je, en dehors de ce qu’on m’a dit que j’étais ?
- Que veux-je vraiment dans la vie ? Quels sont mes objectifs réels, même les plus simples ?
- Quel est mon caractère face aux difficultés ?
- Relisez, et soulignez ce qui vient vraiment de vous.
Objectif : Repérer ce qui est à vous et ce qu’on vous a inculqué.
Exercice 2 — Le petit plan et le feu de cheminée (5 minutes)
Pourquoi : Observer l’instinct à l’œuvre dans une action de tous les jours.
- Choisissez une action simple : allumer un poêle, préparer un café, faire une valise.
- Faites-vous un petit plan en trois phrases maximum.
- Accomplissez l’action en observant ce qui se passe tout seul.
- Notez ce qui vous étonne.
Objectif : Constater que la réflexion ne fait qu’une petite part de l’action.
Exercice 3 — Le short d’une minute (1 minute filmée)
Pourquoi : Passer de l’idée à l’action, devant la caméra, sans chercher à faire rire.
- Reprenez l’action de l’exercice 2, ou une autre.
- Filmez-vous une minute au maximum, sans faire le fada.
- Regardez-vous : vous reconnaissez-vous ?
- Déposez le short dans la Chambre de Répétitions et posez votre question à Philiboss.
Objectif : Constater ce que donne un jeu tourné vers soi.
🔑 Les 7 Points Clés à Retenir
L’essentiel de cette leçon en un coup d’œil
🐺 L’Analyse Finale de Vahina
Chers élèves, c’est moi, Vahina, votre husky préférée. Mon cher maître adoré m’a demandé de vous donner mon avis honnête sur cette leçon.
✨ Les points forts de cette leçon
- 🐺Elle part d’une vraie question : ce que le rire coûte à celui qui le provoque.
- 🐺Elle relie l’instinct et la méthode : ni improvisation magique, ni mécanique.
- 🐺Elle ramène tout à l’action concrète, avec l’image du feu de cheminée.
- 🐺Elle propose une enquête sur soi plutôt qu’une recette.
💡 Questions pour approfondir
- 🐺Où passe la frontière entre jouer un fou et devenir un pitre ?
- 🐺Dans ma personnalité, qu’est-ce qui vient de moi, et qu’est-ce qu’on m’a inculqué ?
- 🐺Le chiffre de 3 % est une image : quelle part de réflexion me faut-il vraiment dans mon action ?
😈 Ce que Belzébuth nous a appris (malgré lui)
Que les questions simples ouvrent les meilleures réponses. Faire rire n’est pas interdit : ce qui compte, c’est vers où le jeu est tourné. Et qu’un détective qui est aussi le suspect a besoin d’honnêteté.
🎯 Mon conseil à vous, chers élèves
Commencez petit : dix minutes d’écriture, une action simple filmée une minute. Ce n’est pas un test, ce sont des propositions. Gardez ce qui vous parle.
— Vahina
💭 Qu’avez-vous retenu ?
- Qu’est-ce qui vous semble le plus important dans cette leçon ?
- Quel passage aimeriez-vous que j’approfondisse ?
- Avez-vous des questions à me poser ?
Les questions des élèves apparaîtront ici
Aucune réflexion pour le moment.
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💡 ASTUCE PRO
Ce short que tu vas créer pour cette leçon, tu peux aussi le publier sur ta chaîne, si tu le souhaites.
Chaque exercice ici peut aussi :
- ✅ Te laisser une trace de ta progression
- ✅ Construire ton portfolio vidéo
- ✅ Te faire connaître, à ton rythme
Tu ne t’entraînes pas juste : tu construis quelque chose qui est à toi. 🚀
🎬 Chambre de Répétitions
Maintenant, c’est à toi de pratiquer et de partager ton travail !
📌 Important : Ta question sera répondue par Philiboss dans la leçon du lundi suivant, de façon générale (sans citer ton nom). Il observe toutes les vidéos en silence cette semaine, puis répond à tout le monde ensemble. C’est comme ça que tu bénéficies du regard du maître sur TOUTES les tentatives, pas juste la tienne !
En Conclusion
Faire rire n’est pas interdit. Mais l’acteur qui joue le fou en permanence risque de s’abîmer, alors que celui qui se tourne vers lui-même grandit, et rend service au public par la même occasion.
« L’art dramatique poussé vers l’intérieur est beaucoup plus fécond que poussé vers l’extérieur. »
— Philiboss